Session B05 — Fondamentaux réseau pour la sécurité¶
Objectifs de la session¶
À la fin de cette session, vous serez capable de :
- Expliquer les couches clés des modèles OSI et TCP/IP à travers le prisme de la sécurité en identifiant où se situent les principales attaques et défenses.
- Décrire le rôle des protocoles réseaux majeurs (DNS, DHCP, ARP, ICMP) et identifier les ports de communication standards les plus exposés (22, 53, 80, 443, 3389).
- Lire et analyser la structure d'une adresse IP (partie réseau vs partie hôte) et interpréter les éléments clés d'un en-tête de paquet réseau simple (IP source/dest, ports, TTL).
Concepts clés¶
1. Les Modèles OSI et TCP/IP sous l'angle de la sécurité¶
Pour faire communiquer des ordinateurs, les données doivent être formatées et transmises selon des règles strictes. Le modèle théorique OSI (en 7 couches) et le modèle pratique TCP/IP (en 4 couches) décrivent ce processus. En cybersécurité, chaque couche représente une surface d'attaque spécifique et nécessite des défenses adaptées.
- Couche 2 : Liaison (Data Link) — Gère la communication physique locale entre cartes réseau via les adresses MAC (Media Access Control).
- Attaque : L'usurpation ARP (ARP spoofing) permettant d'intercepter le trafic local.
- Défense : Sécurisation des ports de commutateurs (Port Security) et inspection ARP dynamique.
- Couche 3 : Réseau (Network) — Assure le routage des paquets à travers Internet via les adresses IP (Internet Protocol).
- Attaque : L'usurpation d'adresse IP (IP spoofing) pour masquer l'identité de l'attaquant.
- Défense : Filtrage par pare-feu (firewall) et listes de contrôle d'accès (ACL).
- Couche 4 : Transport — Assure la connexion de bout en bout (TCP pour les connexions fiables avec maintien d'état, UDP pour la rapidité sans garantie).
- Attaque : Inondation de paquets SYN (SYN Flood) pour saturer la mémoire d'un serveur et le rendre indisponible.
- Défense : Pare-feux à états (stateful firewalls) et limites de connexions par IP.
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Couche 7 : Application — Les protocoles utilisés par les logiciels finaux (HTTP, DNS, SMTP, RDP).
- Attaque : Injections de code (SQL, XSS), usurpation de services.
- Défense : Pare-feu applicatif (WAF — Web Application Firewall), chiffrement SSL/TLS.
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Analogie postale :
- Couche 2 (Liaison) = Le coursier qui transporte les enveloppes dans un même bâtiment.
- Couche 3 (Réseau) = L'adresse écrite sur l'enveloppe lue par le centre de tri national.
- Couche 4 (Transport) = Le choix d'envoyer la lettre en recommandé avec accusé de réception (TCP) ou en courrier simple (UDP).
- Couche 7 (Application) = La langue (français, anglais) et le contenu du message écrit à l'intérieur.
2. Protocoles et ports de communication majeurs¶
Les données circulent sur le réseau via des protocoles (langages) spécifiques, et arrivent à destination sur des ports de communication (portes d'entrée logiques sur une machine).
- DNS (Domain Name System) — Port 53 : L'annuaire d'Internet. Il traduit les noms de domaine lisibles (ex:
google.com) en adresses IP compréhensibles par les machines (ex:142.250.179.78).- Risque : Le tunneling DNS (DNS tunneling), utilisé par les attaquants pour exfiltrer discrètement des données dans des requêtes DNS légitimes.
- DHCP (Dynamic Host Configuration Protocol) : Attribue automatiquement une configuration IP aux machines qui se connectent au réseau local.
- Risque : Un serveur DHCP pirate (Rogue DHCP) qui distribue de fausses configurations pour détourner le trafic.
- ARP (Address Resolution Protocol) : Traduit une adresse IP connue en adresse MAC physique sur le réseau local.
- ICMP (Internet Control Message Protocol) : Utilisé pour les diagnostics réseau (comme la commande
ping).- Risque : Blocage systématique de l'ICMP sortant par les entreprises pour éviter la reconnaissance réseau par les attaquants (ping sweeps).
Les ports courants à surveiller :¶
- Port 22 — SSH (Secure Shell) : Connexion d'administration à distance sécurisée (souvent ciblé par attaques par force brute).
- Port 80 — HTTP : Trafic web non chiffré (à proscrire pour les données sensibles).
- Port 443 — HTTPS : Trafic web chiffré via SSL/TLS.
- Port 3389 — RDP (Remote Desktop Protocol) : Prise de contrôle à distance graphique Windows (extrêmement recherché par les rançongiciels).
💡 Bon à savoir : Les ports bien connus (Well-Known Ports) Les ports de 0 à 1023 sont réservés par l'IANA (Internet Assigned Numbers Authority) pour les services système standard (comme HTTP sur le port 80). Les fermer s'ils ne sont pas activement utilisés est la première règle de réduction de surface d'attaque.
3. Adressage IP et En-têtes de paquets¶
Une adresse IPv4 est composée de 32 bits (ex. 192.168.1.50). Elle est divisée en deux parties grâce au masque de sous-réseau (ex. 255.255.255.0) :
- L'adresse réseau : identifie le réseau sur lequel se trouve la machine (la rue).
- L'adresse hôte : identifie la machine spécifique sur ce réseau (le numéro de maison).
Lorsqu'un paquet est envoyé, il contient un en-tête IP contenant les métadonnées de transmission :
- IP Source & IP Destination : Qui envoie et qui reçoit.
- TTL (Time To Live) : Une durée de vie sous forme de compteur de routeurs traversés. À chaque routeur, le TTL baisse de 1. S'il atteint 0, le paquet est détruit pour éviter qu'il ne tourne en boucle infinie sur Internet.
- Protocol : Indique si le paquet de transport encapsulé est du TCP ou de l'UDP.
Activités / exercices¶
Exercice 1 — Analyse d'un paquet réseau tracé (Wireshark simplifié)¶
Objectif : Analyser des captures de trames réseau simplifiées au format texte afin d'identifier les flux d'informations et repérer une activité suspecte.
Consignes : Analysez les deux extraits de paquets ci-dessous et répondez aux questions :
- Quelle est l'adresse IP source et destination ?
- Quels sont les ports source et destination ? Quel protocole applicatif est ciblé ?
- L'un de ces paquets présente-t-il une anomalie de sécurité ? Si oui, laquelle ?
Capture A¶
[ FRAME LAYER 2 ] Source MAC: 00:1A:2B:3C:4D:5E -> Dest MAC: 00:1A:2B:99:88:77
[ IP LAYER 3 ] Source IP: 192.168.1.15 -> Dest IP: 8.8.8.8 | TTL: 64 | Proto: UDP
[ TRANSPORT LAYER 4 ] Source Port: 53120 -> Dest Port: 53
[ APPLICATION LAYER 7 ] DNS Query: secure-login.bank-online-security-update.com
Capture B¶
[ FRAME LAYER 2 ] Source MAC: 00:1A:2B:3C:4D:5E -> Dest MAC: 00:1A:2B:99:88:77
[ IP LAYER 3 ] Source IP: 192.168.1.102 -> Dest IP: 192.168.1.200 | TTL: 128 | Proto: TCP
[ TRANSPORT LAYER 4 ] Source Port: 49215 -> Dest Port: 3389
[ APPLICATION LAYER 7 ] RDP Connection Request | Connection Attempt: 45th in the last 10 seconds
Corrigé / Éléments de réponse :
- Analyse de la Capture A :
- IP Source :
192.168.1.15(machine locale) | IP Dest :8.8.8.8(serveur DNS public de Google). - Ports : Port source
53120(port dynamique éphémère), Port dest53(DNS). Le protocole de transport est UDP. - Anomalie : La requête DNS demande la résolution de
secure-login.bank-online-security-update.com. Le nom de domaine ressemble fortement à une tentative d'hameçonnage (phishing) usurpant une banque avec un nom de domaine trompeur.
- IP Source :
- Analyse de la Capture B :
- IP Source :
192.168.1.102| IP Dest :192.168.1.200(les deux sont sur le même réseau local192.168.1.0/24). - Ports : Port source
49215(port éphémère), Port dest3389(RDP — bureau à distance Windows). Le protocole de transport est TCP. - Anomalie : Il est indiqué "45ème tentative de connexion en 10 secondes". Il s'agit d'une attaque par force brute réseau (brute force attack) sur le service d'administration RDP de la machine
192.168.1.200.
- IP Source :
Questions de réflexion¶
- Pourquoi est-il dangereux de laisser le protocole RDP (port 3389) directement ouvert et accessible depuis Internet sur un serveur d'entreprise ? Quelle solution réseau intermédiaire permettrait de sécuriser cet accès ?
- Si un pare-feu bloque le trafic sur le port 80 (HTTP) mais laisse passer le trafic sur le port 53 (DNS), comment un attaquant peut-il utiliser cette configuration pour exfiltrer des fichiers ?
Résumé / points à retenir¶
- Les couches réseau (Liaison, Réseau, Transport, Application) structurent la façon dont les données transitent et définissent les différents types d'attaques cyber.
- Chaque service réseau standard écoute sur un port de communication spécifique (22 pour SSH, 53 pour DNS, 80/443 pour HTTP/S, 3389 pour RDP).
- Une capture de paquets (trame réseau) révèle l'origine (IP/MAC source), la destination (IP/MAC destination), le protocole et le contenu applicatif du flux.
- Bloquer les ports inutilisés et analyser le trafic anormal sont des réflexes indispensables pour assurer la sécurité réseau.
Glossaire de la session¶
- MAC Address (Adresse MAC) — Identifiant physique unique gravé en usine sur chaque carte réseau.
- IP Address (Adresse IP) — Identifiant logique attribué à chaque machine connectée à un réseau, permettant son routage.
- DNS Tunneling (Tunneling DNS) — Technique de détournement consistant à encapsuler du trafic non-DNS dans des requêtes DNS pour contourner les pare-feux.
- TTL (Time To Live) — Valeur dans l'en-tête IP indiquant le nombre maximal de sauts de routeurs autorisés avant la destruction du paquet.
Pour aller plus loin (self-paced)¶
- Sur IBM SkillsBuild : Suivre le cours "Network Security - Part 1" (durée estimée : 1h30).
- Action pratique : Ouvrez un terminal sur votre machine et tapez la commande
ping -c 4 cyber.gouv.fr. Observez le temps de réponse et la valeur de TTL renvoyée par le serveur.